J'ai juste l'impression que ma vie m'échappe. Ou peut être seulement des petits bouts de ma vie. Je n'écris plus, je n'ai plus le temps. Je passe cinq heures par jour sur mes dissertations de littérature. Je ne vis plus que pour ça, pour la littérature. J'oublie, j'oublie les gens, j'oublie leurs sourires et leur patience, j'oublie qu'ils sont toujours là et je meurs d'envie de leur parler, mais je me retiens. J'ai l'impression de perdre tout ça, ces moments. Et il y a juste des habitudes qui reviennent dans un soupir, descendre le boulevard, m'étaler sur son* canapé et se lancer des coussins à la figure. Comme si on était déjà tous partis. Je veux juste que le temps passe plus lentement, pour avoir encore l'impression qu'on pourra se lancer des coussins à la figure toute notre vie. Même si ces moments appartiennent au passé.
(non, non, ce n'est pas vrai, on est toujours là, on le sera toujours). J'ai envie de monter à
Paris, juste pour la prendre dans mes bras sur le quai de la gare ou lui demander simplement comment elle va. C'est comme ça que j'ai l'impression de tout perdre, en laissant le temps passer, en laissant le temps faire.
Le Premier Jour Du Reste De Ta Vie. .(tu sais, on le regardera ensemble ce film un jour,et on pleurera), il reste encore nos déjeuners ensemble, à nous trois, mais je sais qu'ils resteront encore de longues années. En fait, je me plains, rien n'est perdu, tout est là. C'est juste de la mauvaise volonté, ou simplement l'objet de la plainte qui me séduit. Alors, je nie: il y aura toujours des déjeuners à trois, tout comme il y aura toujours des retrouvailles dans la gare, des lancées de coussin sur son canapé, des films devant lesquels on pleurera ensemble et le reste. Alors, mec, je suis heureuse. Au final qu'est ce que ca change si je vis par procuration entre une addiction refoulée pour les séries pour adolescentes en pleine crise
("I'm not Chuck Bass without you", ouais ça me fait rêver) et des lettres à l'eau de rose du XVIIIème siècle.
"Dévoré par un amour sans espoir, j'implore votre pitié et ne trouve que votre haine: sans autre bonheur que celui de vous voir, mes yeux vous cherchent malgré moi, et je tremble de rencontrer vos regards. Dans l'état cruel où vous m'avez réduit, je passe les jours à déguiser mes peines et les nuits à m'y livrer [...]" (Laclos, parce que c'est beau). Il reste toujours des souvenirs presque indécents tellement ils sont intouchables, et presque des simples souvenirs de souvenirs, tellement ils sont hors de la réalité, que l'on ose y penser. C'est pour cela qu'ils paraissent si loin. Tu sais, tu peux dire autant que tu veux que ce mec est un junkie, un espèce d'enfoiré, un criminel, un fou, un con, un drogué,... mais jamais, jamais tu ne pourras dire que sa musique est mauvaise. Oui, avant d'être tout ce que tu veux, ce mec, c'est d'abord un génie. (et si
ça, le seul souvenir qu'il me reste, c'est pas un preuve, je comprend plus rien.).. Tu vois, être sur l'autoroute ce vendredi soir en écoutant le Best of des
Libertines avec
lui et un Kinder Bueno, c'est tout ce qu'il me fallait. Et finalement, voir
Doherty jeter son dernier mégot sur la scène et partir en te laissant un peu plus vivante. Tout n'est pas fini alors, il y a encore quelque chose à espérer...